Qu’est-ce qu’une vie accomplie ?

J’ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon ouvrage Qu’est-ce qu’une vie accomplie ? aux éditions Odile Jacob.

Ce livre prend sa source dans une enquête menée auprès de personnes– dont une actualité récente a montré qu’elles étaient nombreuses en France – détenant le moyen de quitter la vie sans douleur ni violence  Cette enquête, qui fait l’objet d’un chapitre de l’ouvrage,  débouche sur un constat paradoxal : la grande majorité d’entre elles déclarent être plus heureuses, plus sereines, plus désireuses de vivre que si elles n’avaient pas ce moyen.

Comment expliquer que la liberté réelle de mourir permette de mieux vivre ? C’est tout l’objet du livre. Il vise à montrer que cette capacité à délimiter sa vie la transforme. Elle n’est plus une condition à assumer, comme la plupart des philosophies nous le disent.  Elle devient une œuvre à accomplir, comme un peintre crée un tableau ou un écrivain un roman. Elle exige une réflexion continue, une évaluation de soi qui ne se réduit pas à une simple méditation et, conduit, selon le mot de Nietzsche,  à « se voir au-dessous de soi-même ». 

La crise pandémique récente a révélé le statut problématique de la vie biologique. Pour la préserver, on a sacrifié momentanément les autres formes de vie – sociale, culturelle, économique, et même politique. Elle s’est érigée en fin souveraine, préalable et condition de toutes les autres. Mais certains se sont insurgé contre cette « tyrannie de la santé à tout prix » et ont revendiqué le droit de prendre des risques.

Comment arbitrer entre ces deux positions ? Le livre examine le cas d’écrivains  (Zweig, Hemingway, Romain Gary ) qui se sont donné volontairement la mort, mais seulement quand ils jugeaient leur œuvre accomplie. Peut-on transposer cette démarche à la vie elle-même ?  La réponse à cette question permet de distinguer une vie « accomplie » d’une vie « réussie », « épanouie », « heureuse », ou même simplement « bonne ». A la sagesse de Spinoza qui invite chacun à « persévérer dans son être », elle préfère celle de Montaigne qui recommande de « mourir quand on doit et non quand on peut ».

L’ouvrage peut être commandé en librairie, sur Internet ou sur le site des éditions Odile Jacob :https://www.odilejacob.fr/catalogue/auteurs/francois-galichet/

3 commentaires sur Qu’est-ce qu’une vie accomplie ?

  1. Bonjour,
    Je viens de finir la lecture de votre ouvrage. Elle me laisse un goût d’inachevé que je pense normal : je pense que personne ne peut définir ce qu’est une vie accomplie hors la personne elle-même. Après bien des lectures sur ce sujet, je crois que l’auteur dont le nom m’échappe qui a dit « il y a plusieurs façons de vivre mais qu’une seule de mourir » avait raison. En fin de compte, qu’il s’agisse de Sweig ou d’Hemingway, voire de Montaigne, la façon d’envisager sa mort dépend fortement du bilan que l’on fait de sa vie, que ce bilan soit globalement bon ou mauvais. Mon dieu, qu’il est difficile de vivre… Et encore plus d’être accomplie… Mille mercis à vous pour ce site et pour cet ouvrage.

    1. Votre message pose la question de savoir quand il est opportun de quitter la vie, et comment concilier l’amour de la vie et la décision de la quitter.
      C’est un problème que plusieurs philosophes ont abordé.
      Cioran : « Sans l’idée du suicide, je me serais tué depuis longtemps ».
      Voltaire : « On aime la vie, mais le néant ne laisse pas d’avoir du bon ».
      Cf. aussi Schopenhauer : il voit dans le vouloir-vivre la source de toutes des souffrances et de tous les malheurs (parce qu’il engendre les conflits, la violence, la lutte pour la suprématie, etc.). Il prône « l’extinction du vouloir vivre » non par le suicide (qu’il condamne) mais par la contemplation, le détachement, l’art, la sobriété, la pitié (influence du bouddhisme oriental).
      Je ne vois pas de différence entre la phrase de Cioran et celle de Voltaire. Celui-ci ne fait que juxtaposer l’amour de la vie et l’excellence du néant, alors que Cioran, d’une manière plus subtile, les lie. Sa phrase signifie que la possibilité du suicide, non seulement ne s’oppose pas à l’amour de la vie, mais au contraire le conditionne. C’est parce que je peux la quitter que j’apprécie la vie.
      On peut estimer que la vie vaut la peine d’être vécue, malgré son tragique, son absurdité, sa dureté (du fait de la compétition et des souffrances qui la caractérisent) parce qu’on peut vivre d’une manière qui tente de se dérober à ces caractéristiques. On peut essayer de détourner la vie de son cours, la « dé-naturer » pour ainsi dire, en s’appliquant à des activités – la philosophie, l’art, l’amour, la bonté – qui la subvertissent de l’intérieur. On vit en quelque sort “contre la vie”, pour en faire autre chose que ce qu’elle est “naturellement”.
      C’est « l’éthique baudelairienne » que je décris dans le chapitre 10 de mon livre. Dans Le Voyage et Enivrez-vous, Baudelaire ne dit pas que la vie ne vaut rien et qu’il faut se suicider tout de suite. Il dit le contraire : on ne peut accéder à la valeur supérieure de la mort qu’à condition d’avoir épuisé les ressources de la vie et d’en avoir compris les limites. Sans ce parcours en quelque sorte initiatique, un suicide serait prématuré, impulsif, irréfléchi, donc encore une manifestation de la vie dont on prétend s’affranchir.
      La vieillesse, c’est peut-être cela : non pas un état biologique ou un statut social (retraité, sage, etc.) mais la prise de conscience d’avoir parcouru tout ce qu’on pouvait retirer de la vie, et qu’il n’y a plus rien à en attendre.
      Il en va de même ici que pour l’appétit : on ne peut ressentir la satiété (qui vous affranchit du besoin de la nourriture) qu’après avoir suffisamment mangé. Tant qu’on a faim, on ne peut pas être rassasié ! La vie est bien comme vous le dites, une « erreur » , voire « le Mal » (cf. votre lettre) ; mais cette vérité ne peut apparaître qu’après qu’on a pris le temps de la vivre…

      C’est pourquoi autant, dans la jeunesse et la maturité, l’aide à mourir doit être réservée aux situations d’extrême détresse (maladie causant des souffrances intolérables et irrémédiables), autant, à partir d’un certain âge, elle devrait être « de droit », ne dépendant plus des médecins mais d’un collège d’accompagnants philosophes délibérant avec la personne pour l’aider à accomplir le pas ultime.

      Bien cordialement,

      François Galichet

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