« Portrait chinois » de la vieillesse

Approche métaphorique du vieillir  (« portrait chinois »)

(pages 29-30 du livre Vieillir en philosophe ).

 Cet exercice est un peu inhabituel, mais il est pratiqué par certains professeurs de philosophie afin de permettre la réflexion sur un concept à partir des résonances, des connotations multiples qu’il évoque. Un registre de métaphores peut engendrer  toute une ligne de pensée. Bachelard a montré à quel point l’imaginaire est présent dans les activités intellectuelles, y compris celles qui semblent les plus abstraites.

Cet exercice devrait être fait sans trop réfléchir dans un premier temps, en laissant aller votre imagination pour retenir les images qui vous viennent spontanément à l’esprit. Ensuite, dans un second temps, vous revenez sur ces images pour essayer, par un effort de réflexion, de dégager ce qu’elles signifient, ce qu’elles impliquent du point de vue de l’analyse conceptuelle.

L’exercice se présente sous la forme d’un tableau, avec les consignes suivantes : Parmi les 10 propositions de gauche :

1°) Répondre à au moins 5 suggestions

2°) Justifiez chacune en quelques mots

Exemple : Si la vieillesse était un animal,

a) ce serait un éléphant   b) parce qu’il est lent et majestueux 

 

Si la vieillesse était : Ce serait : Parce que :  
Une couleur
Un bruit ou une musique
Un animal
Un lieu ou un paysage
Un végétal
Une personne (grand homme, personne célèbre…)
Un métier
Une œuvre d’art
Une période de l’histoire
Un objet

Vous pouvez déposer vos réponses dans la fenêtre ci-dessous. Je les commenterai en faisant les remarques qu’elles m’inspireront.

40 réflexions au sujet de « « Portrait chinois » de la vieillesse »

  1. Je suis en train de lire votre livre et je découvre votre site. Je vous remercie beaucoup pour toutes les pistes de réflexion qu’ils permettent d’ouvrir, en particulier par ces petits exercices ludiques. Si la mort était …
    – une couleur : le blanc je ne sais pas si j’ai plutôt pensé au « blanchiment » des personnes âgées (peau, cheveux) ou bien aux habits de deuil que portent fréquemment les personnes âgées en Asie.
    – une oeuvre d’art : tous les autoportraits de Rembrandt, pour l’évolution et la transmission d’un regard lucide.
    – un animal : un paresseux, pour la lenteur des mouvements. La vieillesse conduit parfois à cette forme de lenteur. De nombreuses personnes âgées vivent dans mon quartier, pour nombre d’entre-elles je constate des difficultés de déplacements et une réduction de leur espace…que j’appréhende comme un possible de ma vieillesse.
    -un végétal : un arbre feuillu (chêne, hêtre) vient d’abord à l’esprit pour son enracinement, pour son développement continu pour l’impression de plénitude dégagée puis, paradoxalement, vient l’image d’une graine emportée par le vent pour la légèreté, pour le hasard du transport et du voyage .
    – un bruit ou une musique : l’évocation, peut-être fréquente et banale, du murmure régulier et continu de l’écoulement d’un ruisseau calme (et non plus le bruit d’un torrent, associé plutôt à l’énergie et à l’impétuosité de la jeunesse).

    • Il est clair que pour vous la vieillesse est associée aux idées de calme, de tranquillité, de sérénité, et comme vous le dites vous-même de plénitude. Vous la voyez plutôt comme un processus naturel, une sorte d’équilibre, l’atteinte d’une réalisation de soi. En témoigne notamment le fait que vous avez choisi des images qui évoquent la nature : l’animal, le végétal, le ruisseau.
      Cette représentation de la vieillesse s’oppose à toutes celles qui y voient plutôt un déclin, une dégradation, ou une menace.
      Correspond-elle à une vision idéalisée de la vieillesse, à l’image que vous vous en faites depuis un âge encore jeune, ou bien exprime-t-elle une expérience réelle et présente ? Vous seule pouvez répondre à cette question !

  2. Je découvre votre site par un dossier dans un bulletin GMF !

    Si la vieillesse était une couleur ce serait le mauve-violet parce que cette couleur représente pour moi le calme et la sérénité !
    Si la vieillesse était un animal ce serait un chat parce qu’il sait ce qui est « bon pour lui », il sait se ménager, s’étirer avant tout effort !
    Si la vieillesse était un personnage célèbre ce serait le Dalai lama qui traverse le temps avec sagesse, il me paraît impossible de le « mettre dans un case » jeune, vieux, il est hors du temps !
    Si la vieillesse était un métier ce serait philosophe parce qu’il traverse également les siècles avec sagesse tout en réinventant le monde à chaque instant !
    Si la vieillesse était un lieu ou un paysage ce serait la mer ou l’océan à l’origine de la vie sur notre planète, ils traversent les millénaires toujours en mouvement, toujours recommencés !

    • Incontestablement, votre conception de la vieillesse est dominée par l’idée de sagesse – le mot revient d’ailleurs deux fois dans votre texte. Vous voyez essentiellement la vieillesse comme « l’âge de la lenteur », qui permet de prendre de la distance par rapport aux turbulences du monde.
      C’est aussi un lien entre les personnes et les époques : la métaphore de l’océan fait de la vieillesse un facteur de liaison, de continuité et de communication.
      D’où vous vient cette image très positive de la vieillesse ? Est-ce la manière dont vous la vivez pour vous (j’ignore votre âge, donc je ne sais pas si elle est pour vous une expérience personnelle) ou bien vient-elle de l’observation des personnes âgées autour de vous et dans l’histoire ou la littérature ?
      Je décèle dans votre « portrait » une petite contradiction. D’un côté, vous lui attribuez tout un ensemble de qualités spécifiques : calme, sérénité, intelligence, etc. Mais d’un autre côté, vous dites du Dalaï lama, qui est l’une de vos figures choisies, qu’il est « impossible de le mettre dans une case jeune ou vieux, il est hors du temps ».
      Il semblerait donc que d’une part, la vieillesse soit pour vous un « âge de la vie » par opposition à d’autres (jeunesse, maturité, etc.) ; mais que d’autre part, elle soit un état intemporel, échappant à l’opposition jeune/vieux et à la notion même d’âge.
      Comment conciliez-vous ces deux aspects contradictoires ?

      • Bonjour,

        Merci pour votre analyse de « mon portrait chinois ». Je vous explique comment j’ai découvert avec « plaisir » votre site. C’est dans la brochure PARTENAIRE GMF ; j’ai lu avec attention et grand intérêt vos réponses aux questions « Et si vieillir était synonyme de plaisir ? » Dans vos réponses j’ai retrouvé certaines de mes conceptions.
        Vous me demandez « d’où me vient cette image positive de la vieillesse ? » à vrai je suis naturellement positive, je crois que dans tout les étapes de notre vie, quelles soient calmes et sereines ou agitées et tempétueuses, nous pouvons apprendre à trouver du positif c’est-à-dire apprendre à tirer de nos expériences vécues comme difficiles tout ce qui peut être mobilisateur, nous faire « grandir », avancer et rebondir.
        J’aurai 70 ans en septembre, je ne me déclare pas et ne me ressens pas « vieille », je vis simplement l’instant présent avec le plus de sérénité possible, je suis en excellente forme physique et mentale et je m’emploie à faire vivre en harmonie ces deux parties de moi-même que je commence à mieux connaître et que j’apprivoise chaque jour.
        La petite contradiction que vous décelez dans « mon portrait chinois » est certainement une présentation erronée et/ou incomplète ! Non la vieillesse n’est pas pour moi un « âge de la vie » par opposition à d’autres (jeunesse, maturité, etc.) !
        Si je fais un retour sur mon passé et sur les bientôt 70 années écoulées, je fais le constat que j’ai vécu chaque « période » mon enfance, mon adolescence, ma vie de jeune femme, la quarantaine, la cinquantaine, la soixantaine et bientôt la « septantaine » (comme diraient les suisses et les belges), sans me donner de limites, sans peur, sans être affectée par les anniversaires et les changements de dizaines ! Etait-ce de l’inconscience, de la sagesse (non pas encore vraiment), peut-être du « réalisme », je ne pouvais « rien changer » au temps qui passe et je l’acceptais « tout simplement » ! Je me dis aujourd’hui que j’ai eu beau coup de chance, c’était une « force » qui m’animait et me faisait aller toujours de l’avant avec le même enthousiasme et le même optimisme !
        Donc pour moi il n’y avait pas « d’âge », il n’y a toujours pas d’âge de la vie en opposition, il y a la VIE tout simplement, et ce que nous sommes en capacité d’en faire soit une « route lumineuse », soit un « chemin rocailleux » !
        Vous dites « vieillir, c’est prendre conscience que le temps est limité, dans une existence qui semblait infinie » ! Et bien autant que je m’en souvienne, depuis ma petite enfance j’ai intuitivement eu « conscience de ce temps limité », c’est ce qui m’a certainement permis « de faire mes choix » et de « juger ce qui valait la peine d’être vécu » !
        Je suis actuellement dans la période : « CICERON vieillir c’est passer à un autre état » ; donc je passe « à l’affirmation de moi par la sagesse et la réflexion », dans une attitude plus « qualitative » à la « recherche du meilleur » !
        Bien cordialement.
        Jo VINCENT
        PS : J’affectionne particulièrement cette pensée d’Albert EINSTEIN
        « Il y a deux façons d’envisager la vie. La première est de croire que rien n’est merveilleux. La seconde de considérer que tout tient du miracle. Je choisis la seconde. »
        J’ai souvent intuitivement choisi la seconde, aujourd’hui je la choisis plus « en conscience ».

        • La phrase d’Einstein que vous citez est en effet profonde. Mais je me demande quel sens lui donner quand on n’est pas croyant. En effet la notion de “miracle” est liée à la religion : par exemple, les miracles du Christ dans l’Evangile sont supposés prouver qu’il est bien fils de Dieu.
          Or ce n’est certainement pas en ce sens qu’Einstein emploie ce mot. Quelle signification “profane’’ peut-on lui donner ? Comment trouver la vie “miraculeuse” sans se référer à quelque dieu ? Serait-ce un synonyme du hasard ? En un sens, chacun de nous est le fruit d’un hasard très improbable : il y avait une chance sur des millions pour que nos parents se rencontrent, et qu’ils engendrent la personne que je suis plutôt qu’une autre qui aurait pu naître “à ma place” s’ils avaient fait l’amour un autre jour. Mais peut-on parler en ce cas de “miracle” ? Et pourquoi cette prise de conscience conduit-elle à l’optimisme que vous exprimez avec beaucoup de force et de justesse ?
          Voilà quelques-unes des questions que m’inspire votre réponse.

  3. Bonjour Voici les réponses qui me sont venues à l’esprit. Je décris la vieillesse comme je la sens à 68 ans, pas de manière générale en me projetant dans le futur.

    Si la vieillesse était : Ce serait : Parce que :
    Une couleur Le rose clair Tout est permis ou presque
    Un bruit ou une musique Le nom m’échappe Donne l’impression qu’on Voyage en liberté sur une route…..
    Un animal chat Il mène sa vie pépère Repos, tranquillité, liberté, priorités
    Un lieu ou un paysage De neige Pour le calme et les difficultés à surpasser
    Un végétal De la mousse Pour la douceur et que cela pousse tout seul
    Une personne (grand homme, personne célèbre…) L’abbé Pierre Pas d’âge pour les braves, Continuer jusqu’au bout
    Un métier boulanger Existe depuis longtemps et Continuera
    Une œuvre d’art Un tableau de femme de Picasso Parce que dans plusieurs Tableaux , il représente les femmes comme regardant à 180°, étudiant, réfléchissant sur ce qu’elles voient. L’expérience d’une vie qui se termine permet cela.
    Une période de l’histoire Aucune idée
    Un objet Un stylo
    avec lequel par nos choix on écrit le livre De notre vie

    Merci pour votre site très interessant. Nicole Meilhac

    • Votre « portrait chinois » me semble dégager une conception de la vieillesse comme accès à une liberté portée à son comble : « tout est permis ou presque ». La libération des contraintes qui caractérisaient l’enfance (soumission à l’autorité des parents) et la vie adulte (travail, famille, conventions sociales, etc.) expliquent cette impression de liberté sans limites que donne la vieillesse : « je n’ai plus rien à perdre », j’ai de moins en moins d’attachements qui me tiennent (dans tous les sens du terme).
      Mais en même temps, vous exprimez aussi une conception de la vieillesse comme atteinte du repos, de l’immobilité, de l’inaction (cf ce que vous dites du chat).
      Il y a donc, me semble-t-il, une certaine tension dans votre « portrait » entre deux tendances contradictoires : d’une part, « continuer jusqu’au bout », s’obstiner, lutter, avancer (l’abbé Pierre, le boulanger) ; d’autre part, se reposer, s’arrêter, réfléchir, faire une pause (le chat, le paysage, la mousse).
      C’est vrai que quand on vieillit, on est souvent déchiré entre un sentiment d’urgence (plus beaucoup de temps pour faire ce qu’on veut faire) et un désir opposé de ralentir, de prendre son temps, de prendre du recul, voire de ne rien faire.
      Vos deux dernières images évoquent l’art : la peinture avec Picasso, la littérature avec le stylo qui permet « d’écrire un livre » (le livre de notre vie). Ne serait-ce pas parce que l’art est peut-être la seule façon de réconcilier ces deux impulsions contradictoires ? L’artiste est pressé d’achever son oeuvre, de finir son tableau, de terminer son livre – mais pour qu’elle soit réussie il lui faut prendre son temps, s’arrêter pour observer , « étudier ce qu’il voit », réfléchir, hésiter pour trouver la meilleure touche ou la meilleure phrase – donc réfréner sa hâte. Ne seriez-vous pas tentée d’être, à votre manière, une artiste ?

  4. Une couleur :
    Le gris :
    à cause des cheveux, c’est triste mais très beau à la fois associé au rouge.
    Un bruit :
    Un robinet qui goutte :
    C’est agaçant, lancinant, et ça persiste.(Aussi à cause des fuites urinaires !)
    Un animal :
    Une tortue : C »est vouté, ça se protège, ça progresse sûrement, ça se fout des autres.
    Un lieu ou un paysage :
    Un village au centre de la France en plein été.
    Il fait chaud, c’est désert, les volets sont fermés, il y a des monuments très beaux et très anciens qui voudraient raconter des histoires, mais il n’y a personne pour les écouter.
    Un végétal :
    Le liseron : C’est persistant, ça s’accroche, produit de belles fleurs blanches à la nique du monde qui voudrait les arracher.
    Un personnage célèbre :
    De Gaulle :
    Pour sa force sa détermination sa combativité sa sagesse, tout ce qui permet de durer.
    Un métier :
    Rond de cuir :
    Un peu usant et poussiéreux mais qui a la volonté de continuer son triste boulot.
    Une oeuvre d’art :
    Le radeau de la méduse :
    Les copains disparaissent et moi je m’accroche.
    Une période de l’histoire :
    La révolution :
    Les idées changent, le monde est en grandes mutations, les têtes tombent sauf la mienne !
    Un objet :
    Un vieux manche de pioche lustré par toutes les mains qui l’ont empoigné.

    Je précise tout de même que je pense à un vieil oncle qui aura cent ans l’année prochaine, a passé sa jeunesse (7 ans) dans un camp de prisonniers du côté de la Baltique, sauvé par le chef de ce camp qui était médecin et l’appelait « son miraculé ».
    Plus tard il fut opéré du coeur suite à un AVC. Aujourd’hui il vit seul dans sa petite maison, cultive encore quelques tomates, entretien son lopin, malgré une dégénérescence maculaire qui le rend presque aveugle, se déglingue de tous côtés, mais espère bientôt fêter son centenaire !

  5. Ce qui me frappe dans votre « portrait » de la vieillesse, c’est l’ambivalence. Presque chaque proposition prend la forme d’une opposition, scandée par une série de « mais » : triste mais beau, monuments qui voudraient raconter des histoires mais sans personne pour les écouter, usant et poussiéreux mais avec la volonté de continuer son boulot, les copains disparaissent mais moi je m’accroche, etc.
    Vous concevez la vieillesse essentiellement comme une lutte : d’un côté le déclin, la décrépitude, la solitude, mais de l’autre une volonté obstinée, opiniâtre, de continuer à vivre, à s’affirmer envers et contre tout. Le vieil oncle dont vous parlez à la fin de votre contribution en est l’illustration frappante.
    La devise qui exprimerait le mieux cette conception serait : « Je maintiendrai ». C’est une perspective stoïcienne, qui fait de la volonté le principe de la dignité humaine. A la limite, c’est la vieillesse qui permet le mieux à la volonté de s’affirmer, parce qu’elle la met pour ainsi dire à nu, elle l’isole presque « chimiquement ». Quand on est plus jeune, on ne sait jamais si ce qu’on fait relève de la volonté ou de la vie, de la liberté ou des forces vitales qui s’expriment à travers nous et nous portent. C’est seulement dans la vieillesse que celles-ci devenant de plus en plus faibles, la volonté demeure seule, pour ainsi dire à l’état pur.
    Une autre idée émerge de votre texte : c’est l’idée d’exception, de privilège, de condition unique et singulière. De Gaulle était, du moins au début, solitaire – seul contre tous ou presque ; dans le radeau de la méduse tous disparaissent sauf moi qui m’accroche ; dans la révolution « les têtes tombent sauf la mienne ». Ici encore, votre oncle illustre cette idée : miraculé d’un camp de la mort, rescapé d’un accident cardiovasculaire, déglingué mais encore autonome. La vieillesse, en faisant diverger les destins (on n’appartient plus à des collectifs comme lorsqu’on travaille, les amis disparaissent peu à peu, et même la famille s’éloigne ), rend chacun à sa singularité. Les projets sociaux s’effacent, il faut trouver des raisons de vivre qui nous soient propres, comme votre oncle qui cultive ses tomates. Comme vous le dites vous-même en évoquant la tortue, « ça se protège, ça progresse sûrement et ça se fout des autres ». C’est le temps de la réflexion : j’imagine qu’en entretenant son jardin et en vivant seul dans sa petite maison, il a beaucoup de temps pour penser, même s’il n’a pas toujours quelqu’un à qui parler (cf. : « des monuments très beaux et très anciens qui voudraient raconter des histoires, mais il n’y a personne pour les écouter »).
    En vous lisant une question me vient : cette volonté obstinée qui caractérise pour vous la vieillesse, est-elle toujours et nécessairement une volonté de vivre ? N’y a-t-il pas un moment où, si les conditions d’existence sont trop dégradées (souffrances, invalidités graves et irrémédiables) elle pourrait, dans un acte « d’ultime liberté », décider de quitter cette vie ? C’était la position des stoïciens : lorsqu’il n’est plus possible de vivre dignement, il faut devancer la mort. Aujourd’hui, vous savez comme moi que cette question est controversée. Votre « portrait » est un hymne à la vie, qui s’obstine à durer et à se maintenir en dépit de tout. Cette obstination est-elle pour vous inconditionnelle ou bien y voyez-vous des limites au-delà desquelles elle se retournerait en son contraire ?

  6. Je vous remercie de votre prompte réponse.
    Je suis stupéfaite car mon oncle a effectivement abordé le sujet il y a quelques années. Il m’a parlé de cette liberté qu’il se donnait d’en finir une fois pour toutes lorsqu’il estimerait que les limites du supportable sont atteintes. Il m’a même parlé de « bouillon de 11 heures ». Je n’ai jamais remis la conversation sur le tapis mais je ne suis pas trop inquiète. En effet je sais qu’il a un but dans la vie : son centenaire. D’autre part, les limites ne sont-elles pas faites pour être repoussées ?
    Je pense que s’il estime que le moment est venu, ce ne sera pas trop difficile pour lui. Il lui suffira de fermer les yeux et de « lâcher prise ». Ses nombreux « problèmes de tuyauterie » comme il le dit lui-même, auront tôt fait de le rattraper !
    Pour l’instant je ne le vois qu’environ une fois par an ( j’habite à 600kms) et je me borne à l’appeler de temps en temps, pas régulièrement (c’est ma pauvre ruse !) pour ne pas donner des habitudes. Souvent le dimanche soir lorsque je ramène ma mère (sa belle-soeur) dans sa maison de retraite. Il peuvent ainsi communiquer. Il me dit alors « Ah, je pensais bien que c’était toi ! »
    Il a d’autres contacts sur place, Une amie dix ans plus jeune s’occupe de lui dans le cadre d’une curatelle. Mais dix ans plus jeune ça fait 90 ans. Tout ça est bien lourd pour elle et elle est bien courageuse ! Un jeune retraité l’emmène faire ses courses. Il y a le club des anciens où il prend ses repas tous les jeudis. Il se fait encore des copains à l’épicerie du coin et le bistrot où il va prendre un café tous les jours. La pharmacienne l’invite assez souvent et il me dit qu’elle a enregistré ses mémoires.
    Il y a aussi ma fille et son bébé de un an qui s’arrange pour aller le voir de temps en temps.(Le bébé c’est pour lui une grande joie). Elle habite à 800 kms de chez moi, ça ne lui fait que 200 kms pour aller chez son grand-oncle qu’elle adore. Et d’autres nièces encore qui le visitent assez régulièrement.
    Voilà à quoi ressemble la vie d’un vieil homme qui a gardé toute sa tête, mais pas tout à fait son corps.
    .

    • Merci pour ce témoignage très émouvant.
      J’ai déposé les réflexions qu’il m’inspire sur la page « Mourir délibérément » (27 juillet 2015), car elles me paraissent relever spécifiquement de la problématique à laquelle cette page est consacrée.

  7. Si la vieillesse était

    Une couleur : Des camaïeux de brun, de gris, de blanc, de bleus … Elles représentent la nature en hiver

    Un bruit ou une musique : Une sonate douce. Cette musique est une composition d’instruments de musique de chambre

    Un animal : Un perroquet Cet oiseau vit longtemps et sous ces manies et tics de langage répétitifs, il cache une grande intelligence du monde qui l’entoure.

    Un lieu ou un paysage : Venise avant le tourisme de masse. La cité respire l’histoire, le patrimoine, le vent du large et la pérennité de son architecture en danger de délabrement.

    Un végétal : Un arbre entouré de lierre. L’arbre vit de nombreux cycles de vie et le lierre meurt où il s’attache.
    Une personne : grand homme, personne célèbre: Agatha Christie. Son talent de conteuse lui a permis de multiplier à dessein des histoires tragiques ou dramatiques de petites cellules grises

    Un métier : Ecrivain L’auteur transmet inlassablement, à travers l’alchimie des mots, des histoires et ouvre les fenêtres existentielles, intellectuelles et affectives de ses lecteurs.

    Une œuvre d’art : Une pyramide Qui résiste encore et encore aux outrages du temps

    Une période de l’Histoire : Le siècle des Lumières Et de tous les possibles

    Un objet : L’horloge ou le sablier Notre temps est compté

    Merci

    • Votre conception de la vieillesse est visiblement celle d’un accomplissement, d’une harmonie qui atteint avec l’âge une sorte de perfection.
      La première notion qui me semble revenir sous différentes formes est celle d’équilibre : on la trouve dans les « camaïeux de gris, blanc, bleus », harmonie de couleurs plutôt douces qui caractérisent l’hiver. La sonate, vous le dites vous-même, est une « composition d’instruments » ; Venise est une ville à l’architecture complexe, faite d’édifices – églises, palais, ponts, etc. – qui à la fois sont différents et complémentaires ; l’écrivain agence les mots pour en faire une œuvre où ils s’appellent et se répondent.
      La seconde notion qui frappe dans votre portrait est celle de douceur : pour chaque item, vous privilégiez des tonalités estompées (pour les couleurs), des sonorités douces (la sonate). Même Agatha Christie représente, dans le roman policier, un style qui privilégie l’intelligence sur la violence : ses personnages, même lorsqu’ils sont criminels, ne sont pas dans la frénésie ou la véhémence !
      Un troisième thème me paraît émerger plus discrètement mais nettement tout de même : c’est celui de la répétition. Le lierre accompagne l’arbre dans ses « cycles de vie » ; le perroquet a « des tics de langages répétitifs ». L’horloge ou le sablier sont aussi des symboles de répétition, d’un temps circulaire (le retour des heures et des jours, le sablier qu’on retourne, etc.)
      Enfin, la dernière notion qui transparaît me semble être celle d’intelligence : la sonate, Venise, l’écrivain, et plus encore le siècle des Lumières, expriment l’idée d’une grande culture mise au service d’un raffinement, d’une ingéniosité sans cesse mise à l’épreuve.
      Tout cela dessine incontestablement une conception très positive de la vieillesse ! Elle évoque un peu la conception cicéronienne, qui voit dans la vieillesse le triomphe de la pensée sur la force, de la réflexion sur la vigueur, de la culture sur l’impétuosité de la jeunesse.
      Cicéron en tirait la conclusion que la vieillesse avait, pour cette raison, une autorité pour ainsi dire naturelle (le Sénat romain était composé de personnes âgées…). La vieillesse, disait-il, n’a pas besoin de la force pour se faire respecter ; elle inspire (ou devrait inspirer) un respect de par sa propre essence. Le respect des anciens était pour lui une marque de civilisation. Pensez-vous de même ?
      Par ailleurs, je crois discerner dans votre « portrait », sinon, une contradiction, du moins une certaine tension entre deux aspects. D’un côté la vieillesse signifie pour vous l’atteinte d’une certaine pérennité, à l’image de la pyramide « qui résiste encore et encore aux outrages du temps ». Même s’il y a toujours la mort en fin de compte, la vieillesse aspire à une certaine éternité, et y parvient de par le raffinement de sa culture : l’écrivain (Agatha Christie), le musicien, l’architecte (Venise, les pyramides) créent des œuvres qui survivent pendant des siècles. Mais d’un autre côté, plusieurs de vos propositions évoquent au contraire le temps qui passe et qui dégrade tout : Venise « en danger de délabrement », le lierre qui « meurt où il s’attache », l’horloge qui nous rappelle que « notre temps est compté ».
      Comment conciliez-vous ces deux aspects ?

      • Cette tension entre l’atteinte d’une certaine pérennité et la dégradation du temps qui passe n’est-elle pas la part du jour et de la nuit, de l’ombre et la lumière, du yin et du yang sur le temps de notre vie ? Nos contradictions sont-elles conciliables ? Merci

  8. Un chat car il est indépendant. Son ronronnement me calme.
    Une musique : une chanson grivoise de Brassens qui choque le bourgeois.
    Une époque : à Florence du temps de Laurent le Magnifique pour le raffinement et la liberté des moeurs.
    Le métier de journaliste pour vivre l’actualité.
    Une oeuvre d’art : une peinture Jérôme Bosch pour sa vision extraordinaire et mystérieuse de l’enfer .

    • Votre portrait me semble par plusieurs aspects à l’opposé de celui d’Agnès Larcin. Vous concevez la vieillesse, contrairement à elle, comme une période de provocation, de rupture, de défi allant jusqu’à la dissonance par rapport au monde ambiant.
      La chanson de Brassens « choque le bourgeois » ; Laurent le magnifique se caractérise par sa « liberté des mœurs » ; la peinture de Bosch est une peinture violente, qui frappe le spectateur par la force souvent grotesque de ses personnages.
      Bref la vieillesse serait pour vous le temps de la transgression, de la libération des tabous et des interdits, l’affranchissement des contraintes sociales et professionnelles qui limitaient et encadraient les âges antérieurs. Même le chat, que vous dites « calme », est un animal « indépendant », qui n’aime pas obéir ou se soumettre à des ordres. Et le journaliste, qui « vit l’actualité » doit pour exercer son métier fureter, aller partout, refuser toute censure et toute limitation dans son droit d’investigation.
      Cette liberté un peu provocante de la vieillesse, qui aime choquer, ne serait-elle pas provoquée par l’angoisse de la mort ? Votre dernière image, celle de Bosch peignant l’enfer, semblerait le suggérer. Qu’en pensez-vous ? La liberté de la vieillesse est-elle pour vous une sorte de « chant du cygne », une manière de célébrer la vie avant qu’elle ne finisse, ou bien l’anticipation d’une mort qui inquiète ?

  9. Si la vieillesse était une couleur ce serait le noir parce que c’est une couleur triste.
    Si la vieillesse serait une musique ce serait des paroles tristes et noires parce que la vieillesse c’est triste.
    Un lieu le désert car c’est la solitude.
    Un métier pompe funèbre car la mort approche.
    Un animal une souris de laboratoire car on souffre, c’est injuste et on va mourir.

  10. A l’évidence, votre « portrait » est dominé par l’idée de tristesse. Vous le dites vous-même : « La vieillesse c’est triste ».
    Votre conception me semble différente à la fois de celle d’Agnès Larcin et de Charles Brandt. Agnès voit la vieillesse comme une sorte d’accomplissement, un équilibre heureux, serein, presque rayonnant (Venise, la musique de chambre, etc.). Charles la voit comme un défi, une libération, presque une jubilation de transgresser tous les interdits auxquels on était soumis autrefois. Vous en revanche, vous n’y voyez qu’un amoindrissement, un déclin, une perte, la chute dans la solitude et la souffrance, en attendant la mort (pompes funèbres).
    Comment expliquez-vous cette tonalité très négative ? Y a-t-il des raisons personnelles ou bien s’agit-il d’une conception « philosophique » de l’existence qui vous ferait privilégier la vie dans ses moments de plénitude – l’enfance, la jeunesse, la maturité ?

  11. vert …sagesse
    le doux son des cloches autour du cou des vaches en savoie…rassurant calmant
    un tigre….il représente la souffrance faite aux animaux
    le Mont st Michel…….bonnes ondes
    arbre…….rassurant,enveloppant
    medecins sans frontiere……humanité
    toutes creations d artistes qui viennent du coeur……unique
    20 eme siecle…….Tout va trop vite
    lunette…….on vit mieux

    • Votre « portrait » de la vieillesse me paraît tout en contrastes. D’un côté la vieillesse a pour vous un aspect « rassurant » , doux, apaisant. C’est le calme après les agitations de la vie adulte, la sérénité après les inquiétudes de l’existence active, le primat du « cœur » sur l’intelligence, des « créations d’artistes » sur les productions utilitaires.
      Ce calme permet la bonté, l’humanité, un regard bienveillant sur les choses et les êtres. On ne peut être bon que lorsqu’on est sans inquiétude, sans besoins, sans soucis majeurs. Bonté et sérénité vont de pair. Les lunettes ne permettent pas seulement de mieux voir, mais de « vivre mieux », c’est-à-dire d’être plus heureux, plus sensible aux « bonnes ondes ».
      Mais d’un autre côté, cette bonté rend plus sensible aux souffrances (cf « la souffrance faite aux animaux », ou la référence à médecins sans frontière ) et au stress de la vie moderne (« 20ème siècle : tout va trop vite »). D’où le paradoxe : il faut être serein pour être bon, mais la bonté, en se penchant sur les misères du monde, trouble cette sérénité.
      En somme vous semblez-dire : la vieillesse, par la distanciation qu’elle apporte, permet l’accès au bonheur ; mais le bonheur, en permettant de mieux voir la réalité jusque dans ses aspects les plus durs (les misères, les souffrances), nous rend plus vulnérables.
      Comment résolvez-vous cette contradiction ?

  12. Si la vieillesse était :
    Une couleur : ce serait du bigarré, car c’est varié
    Un bruit ou une musique : ce serait Le Boléro de Ravel ,car c’est magnifique,mais il faut couper 3 mn avant la fin !
    Un animal :ce serait le chat, car c’est le modèle du Zen
    Un lieu ou un paysage : ce serait La vallée de l’Epte,car c’est Mon espace d’enfance
    Un végétal : ce serait une pivoine ,car c’est Un miracle de la nature
    Une personne (grand homme, personne célèbre…): car ce sont des exemples d’Endurance
    Un métier:ce serait Le péripapéticien ,car c’est Faire un bout de chemin avec le Maître
    Une œuvre d’art ce serait La Tour Eiffel,car c’est L’apogée de l’ingéniosité française
    Une période de l’histoire ce serait La notre ,car Je ne connais les autres que par ouï dire !!!
    Un objet ce serait trombonne ,car c’est Simple, astucieux,quasi immortel

    • Votre « portrait » de la vieillesse me paraît nettement positif.
      Loin d’y voir une perte ou un affaiblissement, vous soulignez sa richesse (« c’est varié »), la sérénité qu’elle procure (« modèle du Zen »), la sagesse qu’elle permet d’atteindre (« faire un bout de chemin avec le Maître »), l’ingéniosité qu’elle développe.
      Toutefois, vous semblez distinguer la vieillesse elle-même de la fin de vie : en évoquant le boléro de Ravel « qu’il faut couper 3 minutes avant la fin », suggérez-vous que la vieillesse est un état qui est en soi bénéfique, mais qui s’arrête quand commencent des dégradations irrémédiables ?
      En vous lisant, deux questions me viennent.
      D’une part, vous reliez la vieillesse à « votre espace d’enfance ». Pourquoi ce lien ? En quoi la vieillesse nous rapproche-t-elle de notre enfance ?
      D’autre part, vous évoquez la pivoine, qui est « un miracle de la nature ». Pourquoi ce choix ? En quoi la vieillesse peut-elle être considérée comme une sorte de « miracle » ?

  13. Merci ,oui la vieillesse est un processus de vie spécifique ,comme la maturité ,l’adolescence …mais c’est la vie.La fin de vie c’est autre chose ,qui peut (doit )être traitée différemment.
    C’est la mémoire qui ramène la vieillesse à l’enfance ,presque naturellement ,les souvenirs et avec un effort ,revisiter l’enfance pour en ré-évaluer la juste valeur :le juste prix payé par ses parents pour nous donner une vie satisfaisante.
    Enfin ….le miracle ….y être arrivé, jusque ici ,ce n’est pas le cas de tout le monde ,comme la pivoine surtout celle deChine toute fripée et si belle

  14. Je suis venue sur votre site par hasard car je prend des renseignements dans le but de proposer mes services d aide à la personne âgée , et puis je dois dire que ce petit test m a attiré et j’ai plaisir à lire vos commentaires et ceux des personnes , alors j y vais !!
    Couleur le pourpre d’abord pour la couleur du deuil et puis pour la couleur des chakras ..
    Musique ce sont les petites notes de piano au début de la chanson de Brel « les vieux  »
    Animal la tortue , elle me semble bien forte et passer le temps tranquillement
    Paysage une grande plaine verdoyante sur les hauteurs
    Végétal un lys
    Gd homme Jacques Brel c lui qui me fait le plus penser aux personnes âgées dans ses chansons
    Métier du bois
    Œuvre d art. Statue d un homme et femme entrelacés jusqu’au dernier souffle
    Période de l histoire. Guerre 1939 1945 mes grand parent y ont survécu
    Objet un verre .. Rempli ..
    Merci …

    • Il me semble que votre « portrait chinois » exprime une vision contrastée de la vieillesse. D’un côté vous y voyez une force (la tortue comme « force tranquille ») associée à des pouvoirs extraordinaires, pour ainsi dire mystiques ou métaphysiques (les chakras). Iraient également dans ce sens positif « la grande plaine verdoyante » (symbole de fécondité), le lys (symbole de pureté), le couple enlacé (symbole d’amour).
      Mais d’un autre côté vous y voyez déjà la mort qui s’annonce (« la couleur du deuil ») et une sorte de violence (la guerre 39-45, que vous associez à vos grands-parents).
      Peut-être cette ambivalence trouve-t-elle sa meilleure expression dans le personnage et la chanson de Brel, que vous mentionnez à deux reprises. Sa chanson « Les vieux » est à la fois pleine de tendresse, et montre dans la vieillesse une sorte de sagesse au-dessus des agitations du monde. Mais elle est en même temps terrible par son devenir implacable qui rétrécit l’espace (jusqu’au lit) et le tictac glaçant de l’horloge.
      En dehors de cette chanson célèbre « Les vieux », qu’est-ce qui, chez Brel, vous fait penser à la vieillesse ? Car sa vie tout entière me semble évoquer plutôt un refus de vieillir : il a arrêté sa carrière bien avant d’être âgé ; il est parti au bout du monde pour ne plus être vu ; et son tabagisme, qui l’a emporté, peut-être considéré comme une volonté inconsciente de mourir jeune, de maladie plutôt que de sénilité.
      Par ailleurs, pour le métier, vous indiquez « métiers du bois ». Pouvez-vous préciser la raison de votre choix ? Car tel quel il est un peu énigmatique…

  15. Une couleur : Couleur verte car synonyme de nature, de renouveau.
    Un bruit ou une musique : Mozart – Musique du film « Elvira Madigan »
    Un animal : Le chien pour sa fidélité et sa gentillesse
    Un lieu ou un paysage : Lac avec montagne à l’arrière plan, deux magnifiques éléments de la nature, en principe intemporels
    Un végétal : Le coquelicot, note flamboyante dans la nature à l’état sauvage
    Une personne (grand homme, personne célèbre…) : Dieu, dont on ne sait s’il est absent ou présent et qui donne lieu à réflexion
    Un métier : écrivain, celui qui donne suite à la réflexion, celui qui écrit pour les vivants et les défunts
    Une œuvre d’art : Le cri de Munch
    Une période de l’histoire : la Renaissance pour ses nombreux artistes
    Un objet : un caillou, pour sa solidité.

    Merci pour votre réponse et vos commentaires en sorte de mieux me connaître.
    Bravo pour votre site !

    • Il y a dans votre « portrait » plusieurs paradoxes.
      L’idée qui me paraît dominer la première partie, c’est que la vieillesse n’est pas, comme on le dit habituellement, le triomphe du temps, l’aboutissement d’un processus d’usure, de dégradation, d’exténuation. Elle est plutôt « hors du temps », comme un arrachement au devenir pour accéder à une sorte d’éternité. Le vert – symbole d’espérance et, comme vous le dites, de la nature – en témoigne, ainsi que la musique de Mozart, qui n’est d’aucun temps. Le caillou, symbole de « solidité », va dans le même sens.
      Vous-même parlez des « éléments intemporels » qu’exprime le paysage de montagne. Le thème de la nature revient trois fois dans votre texte, comme si la vieillesse était paradoxalement un symbole de « renouveau » et non d’obsolescence.
      Pouvez-vous préciser cette idée et dire qu’est-ce qui, dans la vieillesse, vous semble être générateur de « renouveau » ?
      La seconde idée qui domine, surtout dans la deuxième partie, c’est celle de réflexion – le mot revient deux fois. La réflexion paraît liée chez vous à l’existence d’une dualité, d’une alternative, d’un dilemme : Dieu est « présent ou absent » ; l’écrivain écrit « pour les vivants et les défunts » ; et déjà le paysage de montagne était constitué de deux éléments opposés : l’eau (le lac) et la terre (la montagne).
      Ici encore, il serait intéressant de préciser ce point. Quelle est la dualité à laquelle s’affronte la vieillesse ? Entre quoi et quoi fait-elle lien ?
      Enfin, le troisième thème qui apparaît c’est l’énergie : le coquelicot est « flamboyant » ; le cri de Munch , la Renaissance symbolisent une puissance accumulée qui jaillit soudain.
      Ici encore c’est paradoxal : on voit ordinairement dans la vieillesse tout le contraire – l’épuisement, la fatigue l’obsolescence. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

      • Bonjour,

        Je vous remercie pour le suivi apporté à ma contribution.
        A vrai dire, je ne peux, dans l’immédiat, trouver explication à ce paradoxe qui, de fait, apparaît dans les réponses formulées au départ.
        Je sais que j’éprouve une crainte à la perspective de vieillir et mourir.
        Je pense aussi que la vieillesse est synonyme de cette sagesse qui m’a peut-être manqué et qu’elle serait donc un renouveau, un autre départ, assorti d’une volonté de reculer l’échéance.
        Je vais réfléchir et revenir vers vous.
        A bientôt donc,

        Corinne.

  16. Si la vieillesse était une couleur,ce serait un pastel parce qu’il est synonyme de douceur.
    Si la vieillesse était un bruit, ce serait le tic tac de la pendule parce qu’il me rappelle la chanson de J.Brel « Les Vieux »
    Si la vieillesse état un animal, ce serait la hérissonne parce que le hérisson était sensé protéger les morts.
    Si la vieillesse était un lieu, ce serait un square parce que les anciens se retrouvent sur les bancs
    Si la vieillesse était un végétal, ce serait le lierre parce qu’il s’accroche comme la vieillesse se cramponne à la vie
    Si la vieillesse était une personne célèbre, ce serait Pierre Dac parce qu’il a dit:ce qui est bien avec la maladie d’Alzheimer c’est qu’on rencontre des gens nouveaux tous les jours
    Si la vieillesse était un métier, ce serait chercheuse pour parvenir à vaincre les maladies qui détruisent la qualité de la vieillesse
    Si la vieillesse était une oeuvre d’art, ce serait l’école d’Athènes de Raphaël la
    vieillesse y apparaît de façon valorisante
    Si la vieillesse était une période d’histoire, ce serait les 30 glorieuses parce que même vieux il faisait bon vivre cette période de paix et d’expansion continue
    Si la vieillesse était un objet, ce serait un livre une BD de Pascal Rabaté « les petits ruisseaux » qui traite de la vieillesse de façon pas triste du tout

  17. Votre « portrait » de la vieillesse est incontestablement positif. Toutes les lignes soulignent des traits plutôt heureux ; rien ne vient indiquer un manque, une frustration ou une souffrance. D’ailleurs, vous-même parlez de la « qualité de la vieillesse », expression assez rare pour être soulignée ! Seule l’allusion aux maladies tempère cette positivité, mais vous suggérez tout de suite qu’elles peuvent être vaincues.
    L’un des traits dominants que vous attribuez à la vieillesse me semble être la ténacité. C’est le cas du lierre, qui s’attache obstinément à son support ; mais aussi du hérisson, du chercheur qui fait preuve de patience pour arriver à des découvertes, et même de Pierre Dac, qui fut à Londres le symbole de la résistance française.
    Mais cette ténacité n’a rien de laborieux ni de violent. Elle est tranquille, douce comme la couleur pastel que vous évoquez en commençant, ou comme le tic tac de la pendule qui scande régulièrement le temps.
    Votre « portrait » semble ainsi tourné davantage vers le passé, la nostalgie d’un âge d’or révolu (les 30 glorieuses), la recherche d’un état protégé, abrité des vicissitudes de la vie. On se demande, en le lisant, comment la vieillesse peut avoir une « qualité », apparaître sous un aspect « valorisant », alors que presque toutes vos propositions évoquent une existence amortie, ténue, limitée à un minimum d’échanges et de mouvements ( les vieux qui sont sur les bancs d’un square).
    N’y a-t-il pas une certaine contradiction entre cette vision « minimaliste » de la vieillesse et l’éloge que vous en faites ?

    • Merci pour votre réponse.
      Les contradictions évidentes qui apparaissent dans « mon portrait chinois de la vieillesse » m’amènent à ces remarques :

      D’abord sur la qualité de la vieillesse :
      Vouloir transmettre son savoir (être ou faire), son expérience(heureuse et malheureuse) sous des formes anciennes comme dans « l’école d’Athènes » ou de nos jours par internet est une constante de la qualité de la vieillesse.

      Ensuite sur l’aspect valorisant :
      Etre le témoin vivant d’une époque est indispensable pour les générations futures.
      Les avancées, quel qu’en soit le domaine se font à partir de fondements dont la vieillesse est la représentante.

  18. Si la vieillesse était :
    Une couleur ce serait le gris, pour les cheveux et la solitude.
    Un bruit ou une musique ce serait une prote qui grince, ca fonctionne encore mais pas aussi bien qu’avant.
    Un animal, ce serait le hibou.
    Un lieu ou un paysage, ce serait une banlieue pavillonaire. Calme, accessible et en périphérie.
    Un végétal, ce serait un fruit d’automne, un marron peut-être.
    Une personne ce serait le pape.
    Un métier ce serait le brocanteur. Attaché aux objets et évenements du passé.
    Une œuvre d’art, les montres molles de Dali.
    Une période de l’histoire, Aujourd’hui, car elle est plus présente que jamais.
    Un objet, le sonotone.

  19. Votre portrait est dans l’ensemble plutôt conforme à l’image qu’on se fait de la vieillesse. Le gris, la porte qui grince, le sonotone expriment l’idée d’un état assez triste, où les choses se déglinguent, tout comme le brocanteur « attaché aux objets du passé ».
    Mais d’autres propositions sont plus positives. La banlieue pavillonnaire n’est certes pas très exaltante, mais vous avez bien lié le calme et la position périphérique. En revanche, je ne suis pas sûr qu’elle soit toujours facilement accessible !
    Enfin, certains choix sont carrément surprenants. Pourquoi le pape ? Est-ce parce qu’il représente l’autorité et la sagesse, du moins dans le domaine spirituel ? Mais dans votre autre contribution, vous dites que les seniors n’incarnent plus le savoir ni la compétence, et n’apportent plus de réponses satisfaisantes aux jeunes. Comment conciliez-vous ces deux affirmations ?
    Et pourquoi les montres molles de Dali ? Pour celui-ci, c’était une provocation, un paradoxe, une manière de surprendre le spectateur. Pouvez-vous expliquer ce choix ?
    Je ne comprends pas bien non plus votre choix de la période d’aujourd’hui, « plus présente que jamais ». Que voulez-vous dire par là et en quoi la vieillesse est-elle « présente » aujourd’hui plus qu’autrefois ?

  20. Bonjour,

    Le pape est une personnalité âgée. Non seulement les différents papes sont des seniors mais l’existence du pape remonte au 1er siecle. En ajoutant son rôle spirituel, je trouve que c’est un personnage qui représente bien la vieillesse.

    Les montres de Dali est en effet surprenant. Je trouve qu’avec l’âge la notion du temps change voir se déforme. Avec la retraite, les rythmes quotidien et hebdomadaire changent. En parallèle, l’approche prévisible des problèmes de santé, voir de la mort, permet d’apprécier et d’utiliser différemment le temps.

    Pour la période de l’histoire, j’ai choisis aujourd’hui. Car la proportion des seniors dans la société actuelle est forte. Ce qui pose plus que jamais des questions par rapport au vieillissement de la population et de ces conséquences. Et la durée de vie n’a jamais été plus élevé.

    J’espère que ces détails clarifieront mes choix.
    A bientôt

  21. Ce que vous dites de le l’altération du temps avec le vieillissement est tout à fait juste. Dans les ateliers que j’anime sur ce thème, beaucoup de seniors disent qu’avec la retraite ils passent d’un temps objectif, organisé et scandé par des contraintes objectives ( se rendre et revenir du travail, conduire et aller chercher les enfants à l’école, faire les courses, travailler en semaine et se reposer le week-end) à un temps beaucoup plus flou, subjectif, dépendant des envies et des humeurs du moment plutôt que de règles sociales. On peut se reposer en semaine et travailler comme un fou le dimanche, ou partir se promener quand les actifs bossent, etc.
    D’où, en effet, l’idée que le temps devient « mou » comme les montres de Dali. Mais cette mollesse n’est-elle pas un piège ? Ne conduit-elle pas à une démission, un retrait des liens sociaux, une marginalité sans retour ?
    Beaucoup de personnes âgées s’imposent spontanément des contraintes pour garder un temps qui ressemble à celui des âges antérieurs. Elles participent à des associations qui imposent un calendrier, des activités à heures fixes ; ou elles s’engagent dans des mandats locaux qui eux aussi sont générateurs de contraintes.
    Que pensez-vous de cette attitude ? Est-ce un « réflexe de survie », un effort salutaire pour ne pas sombrer dans le laisser-aller, la nonchalance, l’indifférence – ou bien au contraire une aliénation, l’incapacité de s’affranchir des règles et contraintes du travail ?
    Pour ce qui est de la période actuelle, vous avez raison de dire qu’elle se caractérise par une forte proportion de personnes âgées. Certains sociologues parlent de « pouvoir gris ». Mais ici encore, n’est-ce pas un trompe-l’œil ? D’une part l’âge de la retraite recule, donc les futurs « vieux » vont travailler plus longtemps. D’autre par on incite les seniors à rester jeunes, à se conduire comme des jeunes, à participer aux activités de la société – donc à nier ou minimiser leur vieillesse. Et quand enfin on la reconnaît, c’est qu’on est au bout du rouleau, dépendant, assisté de multiples manières !
    On pourrait du coup se demander si la vieillesse existe vraiment ! En effet, soit elle est éludée (tant qu’on le peut), soit elle se réduit à la dépendance et l’assistance (dans les états de dégradation extrême : Alzheimer, etc.), c’est-à-dire à quelque chose qui ne relève plus de la vieillesse, mais de la maladie.

  22. Je pense que la flexibilité de la retraite est une force dont on se doit de profiter. Cette disparition de la contrainte du temps ouvre à une certaine liberté. Le choix de conserver un rythme de vie, avec une volonté de rester actif est un choix libre et personnel. Il en va de même pour la décision de se libérer des contraintes de temps afin de décider et définir son propre nouveau rythme de vie.

    Je dirais que celui qui conserve le calendrier choisis de vivre libre parmi les autres. Alors que celui qui refuse le calendrier choisis de vivre libéré des autres.

    Pour le premier, je ne parlerais pas d’aliénation. Je comparerais plus cette incapacité à changer de rythme au travailleur de nuit, qui veille la nuit et dors toute la matinée, même en vacance… Cela durera aussi longtemps que s’on organisme le décidera + le temps qu’il le choisira.

    Pour le second, je ne dirais pas non-plus que c’est une démission et un retrait de la vie social. C’est un choix de liberté plus absolu mais cela lui permet de participer à des événements ponctuelles, de choisir des événements saisonniers ou exceptionnels comme nouveau rythme de vie.

    C’est comme partir en vacance en Bretagne, dans un bungalow ou en camping-car. Le chauffeur de camping-car semble dans l’absolu plus libre, mais au final, il se retrouve les deux à visiter le Mont saint-Michel et à aller tremper les pieds dans l’eau sur une plage…

    PS : Désolé pour la comparaison des vacances. J’espère que cela illustre correctement ma penser et non le contraire.

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