L’autonomie d’un âge à l’autre

La MGEN et l’UP2V (Université populaire) de Nancy ont diffusé en décembre 2015 un questionnaire sur l’autonomie auprès d’étudiants et de lycéens d’une part, et de retraités d’autre part.

J’ai rendu compte des résultats de ce questionnaire dans ma conférence à l’UP2V de Nancy le 19 janvier 2016. On trouvera ci-dessous le lien vers cette conférence :

https://www.vandoeuvre.fr/actualites/galichet-et-l-autonomie

Voici les résultats de l’enquête, avec mes remarques.

Ils sont intéressants, car ils montrent qu’au-delà des convergences sur certains points, jeunes et « seniors » ont aussi des conceptions différentes sur la manière de devenir et de rester autonome.

Vous pouvez déposer vos commentaires et réflexions dans la fenêtre située au bas de cette page.

Résultats de l’enquête « L’autonomie d’un âge à l’autre »

Décembre 2015

Nombre de réponses reçues :

15-35 ans : 30

36-55 ans : 15

Plus de 56 ans : 53

1°) Estimez-vous être autonome actuellement dans votre vie ?

 

Oui absolument Oui jusqu’à un certain point Plutôt non Non pas du tout
15-35 ans 23% 56% 16% 3%
36-55 ans 86% 14%
56 ans et plus 79% 19%

 

Commentaires :

  • Dans toutes les générations, une très grande majorité s’estime autonome (=  sentiment subjectif de liberté)
  • Cependant, chez les jeunes ( moins de 35 ans) une minorité (≈ 20%) se reconnaît plutôt non autonome. Ce sentiment de dépendance est sans doute dû à la sujétion éducative et familiale qui caractérise cette catégorie par rapport aux autres.    N.B.:Le total inférieur à 100% s’explique par les non-réponses

2°) La société française d’aujourd’hui favorise-t-elle l’autonomie ?

 

Oui absolument Plutôt oui Plutôt non Non pas du tout
15-35 ans 3% 50% 40% 6%
36-55 ans 6% 86% 6%
56 ans et plus 5% 64% 22% 2%

Commentaires :

  • Dans toutes les générations, une majorité estime que la société française favorise plutôt l’autonomie
  • Cependant les plus grosses réticences, ici encore, sont chez les jeunes : presque la moitié d’entre eux estiment que la société française ne favorise pas l’autonomie.

Il y a donc sur ce point une divergence intergénérationnelle qu’il serait intéressant d’approfondir.

 

3°) Qu’est-ce qui, selon vous, permettrait d’être plus autonome ? ( 2 réponses maxi)

 

15-35 ans (30) 36-55 ans (15) Plus de 56 ans (53)
Gagner davantage 19 3 12
Connaissances et compétences 13 2 18
Développer les relations sociales 6 3 9
Meilleure santé 3 4 22
Mieux se connaître, réfléchir, méditer 1 1 14
Plus de temps libre 7 4 3
Moins de contraintes et de règles 4 2 8

 

Commentaires :

  • Chez les jeunes, l’autonomie est d’abord financière («gagner davantage» : 19/30)
  • Chez les seniors, l’autonomie est d’abord liée à la santé (22/53), mais aussi à une meilleure connaissance de soi, de ce qu’on est et de ce qu’on veut (14/53)
  • Il y a cependant un point de convergence entre les jeunes et les seniors: ils considèrent également que l’autonomie implique l’acquisition de connaissances et compétences. La formation est donc un « besoin transgénérationnel », même si les motivations sont différentes : pour les jeunes c’est d’abord le moyen d’avoir un métier, d’accéder à une vie professionnelle ; pour les seniors, c’est le moyen de « se tenir au courant », de ne pas être « largué » (notamment dans les nouvelles technologies) et de maintenir le lien avec la société.
  • Les contraintes et les règles ne sont mentionnées de manière significative ni par les jeunes ni par les seniors. Contrairement à ce qu’on entend parfois, elles ne semblent pas en France constituer un frein à l’autonomie.

 

4°) Les trois mots qui expriment le mieux l’autonomie

N.B.: Seuls figurent dans le tableau les mots qui ont fait l’objet d’au moins 1 choix

 

15-35  ans (30) 36-55 ans (15) Plus de 56 ans (53)
Indépendance 27 14 40
Esprit critique 5 1 11
Energie 5 3 26
Bonheur 3 3 16
Liberté 18 11 22
Créativité 1 4 8
Volonté 15 5 15
Richesse 1 1 2
Travail 12 4 1
Autres Expérience Santé, solidarité

 

Commentaires :

  • Deux mots sont plébiscités par toutes les générations : Indépendance et Liberté.

Indépendance exprime le côté objectif de l’autonomie = absence de sujétions ou de contraintes fortes, qu’elles soient économiques, éducatives, autoritaires, ou autres.

Liberté exprime l’aspect subjectif de l’autonomie = capacité à faire des choix, à créer, inventer sa vie, développer des projets propres, etc.

  • En revanche, un point de divergence : les jeunes privilégient, en 3ème position, « volonté », ce qui manifeste un optimisme foncier (« Quand on veut, on peut »). Les seniors mettent en 2ème position « énergie », ce qui manifeste une prise de conscience de la dimension biologique de l’autonomie, de ses conditions physiologiques (vitalité du corps).

Pour les jeunes, l’autonomie est une conquête, une victoire remportée sur des dominations extérieures (parents, autorités diverses). Pour les seniors, elle est d’abord une victoire sur soi-même, le maintien fragile et parfois intermittent d’une puissance intérieure étroitement liée au corps.

 

5°) Mesures urgentes à prendre pour développer l’autonomie des personnes

1.-Pour les lycéens et étudiants :

Chez les jeunes (15-35 ans) , trois mesures arrivent loin en tête : aides financières (10 mentions) ; plus d’indépendance vis-à-vis des parents, moins de contraintes, de pression, d’autorité (11 mentions) ; valoriser davantage les initiatives des jeunes, leur faire davantage confiance (8 mentions).

Cela confirme les réponses aux précédentes questions : les jeunes estiment avoir besoin essentiellement de moyens matériels et institutionnels pour prendre leur essor dans la vie. Il demandent qu’on les laisse agir, qu’ils puissent faire leurs preuves.

Les seniors en revanche fournissent très peu de propositions (37 non réponses). Cela signifie-t-il qu’ils se désintéressent de la question ou bien qu’ils ne voient pas  de solutions à proposer ? Il est impossible de trancher entre ces deux hypothèses.

2.-Pour les seniors (retraités)

  • Pour les jeunes, il faut favoriser l’autonomie à la maison (5 mentions) et la vie associative et le bénévolat (5 mentions). Ils privilégient donc le maintien le plus longtemps possible d’une vie active dans le cadre habituel.
  • Les seniors sont d’accord avec ces deux priorités : « développer des activités utiles à la société » est mentionné 11 fois ; le maintien à domicile 6 fois, à égalité avec une surveillance médicale accrue.

L’absence de toute référence à une aide financière confirme que ce n’est plus, aujourd’hui, un problème pour l’immense majorité des retraités (taux de pauvreté = 4%) alors que c’en est un pour les jeunes ( taux de pauvreté = 13%).

Merci d’écrire vos commentaires, questions, réflexions dans la fenêtre ci-dessous.

 

 

 

                      

 

5 réflexions au sujet de « L’autonomie d’un âge à l’autre »

  1. Merci pour cette étude très intéressante qui nous montre, entre autres, que l’autonomie est surtout liée, dans l’esprit des participants à l’enquête, à la liberté et l’indépendance. Il est intéressant, à cet égard, de relever que la construction d el’esprit critique que les acteurs éducatifs associent généralement à ce concpet d’autonomie est peu présent. C’est sûrement révélateur d’un écart normatif entre des deux mondes… réflexion à poursuivre

    • Effectivement, la position relativement mineure de l’esprit critique nous a étonnés, de même que la faible place de la créativité. Visiblement, les participants à l’enquête, jeunes ou vieux, ont privilégié le sentiment subjectif d’autonomie (liberté) et ses bases matérielles et institutionnelles (indépendance) au détriment de sa traduction en termes de compétences. Pour les éducateurs – scolaires et populaires – cela interroge !
      A noter aussi que le travail est mentionné fréquemment par les jeunes, qui le plus souvent ne le connaissent pas encore, alors qu’il ne l’est presque pas par les adultes et par les seniors, qui pourtant le connaissent ou l’ont connu. Ce qui montre bien que ce qui est valorisé dans le travail, ce ne sont pas tellement les capacités qu’il donne que le statut qu’il confère. C’est l’autonomie économique et sociale qui est appréciée, plutôt que l’acquisition de qualités personnelles.

  2. mERCI pour la publication de cette enquête que je viens de survoler… et que je vais relire plus attentivement, à mon rythme de dame vieillissante, essentiellement autodidacte.
    Ayant deja beaucoup « travaille » sur mon bilan de vie – vie professionnellement qualifiée de « instable » par mon entourage – je suis convaincue de plus en plus que c’est ce que vous nommez les « qualités personnelles » qui sont fondamentales, même avec des revenus financiers modestes, ceci permettant autonomie et liberté, dans la responsabilité.

  3. Ce que vous dites sur les qualités personnelles qui permettent l’autonomie même dans des conditions difficiles me semble très juste.
    Lorsqu’on a, comme vous visiblement, la volonté de penser par soi-même, on parvient toujours à supporter les épreuves.
    Et quand elles deviennent insupportables, on reste maître de juger s’il faut continuer ou non à vivre.
    C’est pourquoi je pense que vous avez parfaitement la capacité de faire le petit exercice que je propose sur les relations entre générations.
    Ce n’est pas très difficile de choisir une image et d’expliquer pourquoi elle vous semble le mieux exprimer ce que vous pensez des rapports entre jeunes et vieux !
    Je vous encourage vivement à essayer.

    • Le petit exercice sur les relations entre générations : c’est le dessin humoristique qui « me parle » le plus. En effet, il me semble que , globalement, une large majorité d’adultes et de personnes âgées ne voient pas, n’ont pas conscience , que la vie évolue. Nous avons à entretenir un esprit « ouvert » sur le changement, inhérent au processus vital, ce que ne manifeste pas l’adulte/la personne âgée sur le fauteuil !
      Les cellules du corps humain se renouvellent constamment, alors pourquoi pas notre façon de penser, de vivre, d’agir ?
      Et je lisais un article concernant les laboratoires pharmaceutiques … S’ils « cherchent » pour fabriquer toujours de nouveaux médicaments, l’effet au final n’est-il pas essentiellement d’entretenir une « consommation » , en grande partie artificielle, et pour quel coût ?!
      Cependant, heureusement, des jeunes savent raison garder, résolument et joyeusement !

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